Madrigal triste (I) / Charles Baudelaire

Madrigal triste

Charles Baudelaire


I.

Que m'importe que tu sois sage?

Sois belle! Et sois triste! Les pleurs

Ajoutent un charme au visage,

Comme le fleuve au paysage;

L'orage rajeunit les fleurs.

Je t'aime surtout quand la joie

S'enfuit de ton front terrassé;

Quand ton coeur dans l'horreur se noie;

Quand sur ton présent se déploie

Le nuage affreux du passé.

Je t'aime quand ton grand oeil verse

Une eau chaude comme le sang;

Quand, malgré ma main qui te berce,

Ton angoisse, trop lourde, perce

Comme un râle d'agonisant.

J'aspire, volupté divine!

Hymne profond, délicieux!

Tous les sanglots de ta poitrine,

Et crois que ton coeur s'illumine

Des perles que versent tes yeux.


מדריגל נוגה / שארל בודלר